Bio Christian Fournier © 2018

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Une première mondiale : 1993 : je suis le premier à photographier le dugong dans son habitat naturel. Ouais ! Au Vanuatu.
Le dugong est le cousin d'eau de mer du lamentin. Le dugong est un gros mammifère sous-marin craintif, genre bonhomme Michelin. Je publie dans le monde entier. Merci à Bertrand Loyer, Claude Michaud et Claire Garrigue. Les moustiques étaient très dangereux, mais j'ai déjà attrapé le palu en Amazonie.







La vidéo de moi-même attaqué par le dugong. Notez que je n'ai jamais lâché mon appareil photo ! Merci à Claude Michaud, cameraman de RFO pour cette vidéo.
TEXTE ET PHOTOS : CHRISTIAN FOURNIER

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Est-ce son grand sourire permanent, sa grosse tête, sa rareté ? Le dugong, ou vache marine, a fasciné les amoureux de la mer pendant des siècles. Le dugong, ou encore "dugong dugon" fait parie de l’espèce des siréniens. Son cousin d’eau douce, plus connu, le lamantin, ainsi que la Rhytine de Steller, maintenant éteinte, en font aussi partie. Cette espèce, en voie de disparition, est peut-être à l’origine de la légende des sirènes. Le dugong est un mammifère et mange de l’herbe, d’ou son nom de vache marine. Mais en fait, il est plus proche de l’éléphant. D’après les biologistes, les dugongs et les éléphants ont des ancêtres communs. Les mammifères marins comprennent les cétacés (baleines et dauphins), les pinnipèdes (phoques et morses) et les siréniens. Tous les mammifères marins sont l’évolution de mammifères terrestres qui sont retournés vers la mer. Les phoques et les baleines dentées viennent des ancêtres des chiens, les baleines à fanons, des hippopotames et les siréniens des éléphants.

On trouve des dugongs en grands troupeaux en Australie et en petits troupeaux dans les eaux chaudes du monde, plus particulièrement dans l’Océan Indien, la Mer rouge, le Pacifique, entre les latitudes 30° nord et 30° sud. On trouve des lamantins dans les eaux douces des rivières et côtes tropicales et subtropicales des deux côtés de l’atlantique : floride, caraïbes, amazone et côte ouest de l’afrique.          Comme c’est un animal craintif qui vit principalement dans des eaux troubles, le dugong a été rarement photographié ou filmé.

Une équipe française intrépide, deux cameramen (Claude Michaud et Bertrand Loyer) et un photographe, moi-même (Raphaël Christian Fournier), ont décidé de changer cela. Nous sommes en contact avec les experts du monde sur les dugongs : les docteurs Paul Anderson de l’université de Calgary, Canada et Helen March de l’université James Cook en Australie. Grâce à des sponsors sympathiques comme les compagnies aériennes Vanair et Aircalédonie International et la télévision française d’outre-mer RFO, l’expédition a pu avoir lieu.

Nouvelle Calédonie, le dugong n’est que partiellement protégé, puisque les tribus locales sont autorisées à les tuer pour se nourrir. Les raisons sont plus politiques que nutritionnelles : la France tient à son "empire" dans le pacifique et doit ménager les indigènes de Calédonie qui se sentent envahis et se révoltent de temps en temps contre cette "occupation". Mais la viande rouge du dugong est apparemment excellente.         

En face, au Vanuatu, état indépendant, le dugong est officiellement protégé, la loi y est stricte et appliquée par les pêcheurs locaux. Les dugongs y sont donc plus nombreux. Grâce à Pascale Joannot, biologiste marin et directrice de l’aquarium de Nouméa, ainsi que Claire Garrigue, scientifique à l’ "ORSTOM" et responsable du programme "lagon" de Nouméa, nous entendons les rapports de pilotes et de pêcheurs qui ont vu des dugongs entre les quelque 80 îles de l’archipel du Vanuatu.         

Le Vanuatu est situé à 5750 km au sud-ouest de Honululu, environ à mi-chemin entre Hawaii et l’Australie. Originairement les Nouvelles Hybrides, le Vanuatu devint indépendant de la France et l’Angleterre en 1980.         

Nous avons visité 3 îles : Epi, Espiritou Santo et Tanna. Les indigènes ont toujours été très aimables et très intrigués par nos équipements de plongées et de prise de vue. Le langage n’est pas un problème, car ils parlent Bislama, un mélange de Français et d’Anglais. Nous avons négocié des permissions spéciales pour pouvoir amener nos bouteilles d’air comprimé par avion (ce qui cause des problèmes de sécurité, à cause de la sous-pression) dans ces petites îles ou les compresseurs sont bien sûr inconnus. Epi et Espiritou Santo furent des échecs pour nos recherches de dugongs : nous avons transporté avec grand mal notre matériel sur des plages isolées, nous avons nagé et exploré en canoë, en vain, pendant des heures, de jours comme de nuit. Nous avons campé dans des mangroves infestées de moustiques. Rien. Ils sont devenus bien craintifs et ont bien appris à se cacher de l’homme, nos souriants siréniens.         

Nous avons eu de la chance à Tanna, une des îles les plus au sud. Tanna veut dire "la terre" en Bislama. Cette île a été découverte en 1774 par James Cook. Il n’y a pas de villes à Tanna, juste quelques groupes de huttes. Après avoir atterri sur une piste en herbe et déchargé notre équipement, nous allâmes à Port Résolution et prîmes contacte avec Ronnie Thomas, chef du village Yanbinan. Il y a de très fortes traditions tribales au Vanuatu. Les visiteurs doivent faire "la coutume" avec le chef pour obtenir la permission d’entrer dans le village. Des cadeaux de riz et de sucre pour les hommes, de tissus pour les femmes et de crayons pour les enfants nous ouvrent les portes. Nous obtenons la permission de nager avec "Le Dugong". "Le Dugong"!         

Nous apprenons par les Yanbinans qu’il y a quelques années (personne ne pouvait dire exactement quand car les Yanbinans n’ont pas de calendrier, le temps ne se mesure pas chez eux) un dugong et son petit sont entrés dans la baie. Les villageois ont harponné la mère (c’était avant les lois !) et gardé le tout petit comme un bébé, l’amenant de temps en temps dans leurs huttes ! La légende veut que le dugong harponné soit réapparu sous forme de rocher au centre du village. Oui, il y a un rocher, un peu ressemblant. Le petit dugong a beaucoup grandi et grossi et vit maintenant dans la baie. Il est un peu apprivoisé et vient au bruit du battement de l’eau par les enfants, vers un gros rocher, sauf quand il est trop occupé à jouer avec les tortues, de l’autre coté de la baie. Ce dugong doit maintenant avoir atteint la maturité sexuelle et n’a jamais vu d’autres dugongs depuis la perte de sa mère. Il a sans doute besoin de compagnons de jeu et de partenaires. Les Yanbinans adorent leur animal, qu’ils appellent "Ponta". Ils furent soulagés quand nous les informons que la durée de vie d’une vache marine est de 70 ans. Pourquoi ont-ils tué la mère, alors ? Sans doute pour la nourriture et l’exploit. Ils sont contents d’apprendre qu’un dugong apprivoisé est très rare. Mais ils ont entendu parler du projet d’un complexe hôtelier "Hotel Corail" à Port Resolution. "Punta" survivra-t-il ?         

Nous dressons notre camp et notre base de plongée et de tournage près du fameux rocher. L’endroit est magnifique : superbe baie tropicale, rochers, plage et palmiers. Au bord, l’eau est trouble, mais nous explorons plus loin, grâce à la pirogue à balancier confectionnée par les villageois avec des arbres à pain évidés, et nous trouvons des endroits plus clairs.         

Les enfants frappent l’eau avec leurs mains et leurs pieds, créant un bruit sourd et bien rythmé. Et le dugong apparaît ! Les villageois ne nagent pas avec l’animal, ils restent sagement sur la berge, il y a eu des accidents précédemment. Le dugong est grand, 2 mètres de long environ. Il vient à la surface toutes les dix minutes pour respirer. Seule la pointe de son nez sort de l’eau, et pendant un temps très court, 2 secondes pas plus. Il a une queue en deux parties, comme les baleines et les poissons, à l’inverse de son cousin le lamantin dont la queue est en un seul morceau, et arrondie comme celle du castor. Comme tous les mammifères marins (exemple : baleines et dauphins), sa queue est dans le plan horizontal et l’animal bouge dans le plan vertical. Les poissons (exemple : les requins), eux, bougent dans le plan horizontal et leur queue est à la verticale.         

Je prends des photos de surface de la vache marine, Claude filme. Bertrand saute dans l’eau avec sa camera, mais le dugong s’enfuit. Les villageois nous rassurent": "Punta" reviendra avec la prochaine marée. J’en profite pour photographier les enfants chassant des oiseaux avec arcs et flèches. Les flèches ne sont pas pointues mais ont une pierre au bout, ce qui assomme les oiseaux.         

Le dugong revient effectivement et nous allons tous trois à l’eau très doucement. Le dugong fait des cercles autour de nous. L’eau est très trouble, donc films et photos sont impossibles. Brusquement l’animal nous charge. Il nous bouscule violemment l’un après l’autre. Il est très lourd et très fort. Les chocs sont rudes et je n’aime guère : il a aussi des incisives de 7 centimètres qui pourraient faire beaucoup de dégâts. Il nous attrape aussi entre ses nageoires pectorales. Ses coups de butoirs sont très pénibles et je comprends que cela peut être très dangereux prés des rochers : il nous écraserait. Maintenant je comprends pourquoi les villageois ne nagent pas avec lui. Après un grand coup de queue, je manque de perdre l’objectif de mon Nikonos. Nous faisons retraite vers la berge. Le dugong nous charge toujours, par-derrière, durant tout le trajet retour. Ébranlés, mais déterminés, nous décidons de réitérer le lendemain, en allant vers les eaux plus claires du lagon.         

Le soir nous discutons avec les villageois. Pourquoi "Punta" reste-t-il dans cette baie ? Il n’est pas aventureux et reste la où l’herbe est abondante ? Il lui faudrait aller jusqu’à une autre baie pour retrouver à manger, s’il quittait celle-ci. S’en irait-il si un troupeau de dugong venait à passer au large ? Les vaches marines atteignent la maturité à 7 ans. Peut-être a-t-il tout juste cet âge et va commencer à s’aventurer plus loin en quête d’un partenaire ? Les dugongs se reproduisent très lentement : maturité après 7 ans, plusieurs années entre chaque naissance, un seul petit par naissance. Ajouter à cela le braconnage et la destruction de son habitat et sa nourriture, pas étonnant que il se fasse de plus en plus rare.         

Le lendemain matin nous sommes à l’eau avec le dugong. nous nous habituons temps bien que mal à être malmenés. Bertrand trouve une contre attaque : si on parvient à couvrir les yeux de l’animal avec nos palmes, il s’arrête de charger. Le dugong nous suit dans des eaux plus claires, la pellicule commence à tourner. Nos efforts commencent à être récompensés.         

La nuit, nous faisons des tours de garde prés des herbiers et du "rocher" pour essayer de le filmer. En vain. Que fait-il, où va-t-il, la nuit ? Nos questions resteront sans réponse, mais nous avons des vues magnifiques de chauves-souris, de crabes et de luminescence du plancton la nuit.         

Pendant 5 jours nous continuons à filmer, épuisant notre stock de films, batteries et air. Nos 13 bouteilles ont quand même duré très longtemps, car nous utilisons nos snorkels le plus possible. Le dugong n’a jamais plongé a plus de 10 mètres. Nous avons réussi à photographier et filmer dans des eaux claires. Nous avons enregistrè son cri sous l’eau. Le dugong n’a pas de cordes vocales. Beaucoup de biologistes le croyaient muet. Eh bien non : il produit des sons avec ses sinus, situés au-dessus de sa grosse tête de gros mammifère. Il fait des cris de…….poussin ! Drôle pour une aussi grosse bête.         

J’ai photographié mes collègues jouant avec une vache marine et ils m’ont filmé en train de me faire écraser par elle. C’est une grande première. C’est "le tout premier exemple de dugong faisant volontairement contact avec des plongeurs", dixit docteur Paul Anderson, professeur émérite de l’université de Calgary, Canada.         

C’est une expérience extraordinaire de nager avec un grand mammifère, au milieu d’une belle lagune isolée. Le dugong semble sourire, comme un personnage de dessin animé. C’est un grand fétus, qui vous charge dès que vous avez le dos tourné. Il aime aussi mordiller nos palmes et tubes et nous coincer la tête entre son corps et ses pectorales. Vers le troisième jour il nous charge moins souvent et reste plus longtemps avec nous. Il joue avec nous au fond de l’eau, puis remonte brusquement à la surface pour respirer et revient à nous immédiatement.         

Nous ne l’avons jamais vu manger. Pourtant un herbivore de cette taille (environ 250KG) est supposé passer plus de la moitié de sa vie à brouter. L’herbe produit moins de calorie que la viande. Est-ce que ce dugong dérangeait son régime pour nous suivre ? Mange-t-il la nuit ? Nous avons vu les traces qu’il laisse dans les herbiers : des tranchées parallèles dans les herbes de phanérogames (Zostera marina et Zostera Nana), qu’il mange entre deux apnées.         

Pour respirer, ses deux narines s’ouvrent et se ferment comme des clapets. Quand la mer est houleuse, cet intelligent mammifère fait surface à la verticale, entre deux vagues, pour ne pas respirer d’eau. Quand l’eau est calme, il respire en restant parallèle à la surface. Personne ne sait pourquoi.         

La femelle tient ses petits entre ses mamelles et ses nageoires pectorales, lui donnant un aspect très humain, voir très féminin, ce qui sans doute, lui a valu son nom de sirène. Le mâle et la femelle restent ensemble durant la saison des amours. La gestation est de 12 mois. Le bébé naît dans l’eau, où il nage immédiatement. La femelle allaite le petit pendant 2 ans, mais celui-ci mange aussi de l’herbe dès sa naissance.         

Espérons que nous ne laisserons pas à nos enfants une terre sans dugongs. La Rhytine de Steller, très grosse (jusqu’à10 mètres), cousin du dugong, a été découverte en 1751 par l’explorateur danois Bering. Il y en avait partout, du Kamtchatka aux îles Eleutiennes. Pourtant, elle est a disparu en 1780. Inoffensive et lente, elle était harponnée pour sa graisse, sa viande rouge et ses défenses d’ivoire. Un quart de siècle a suffi pour l’éliminer à tout jamais des espèces vivantes. Au dix-huitième siècle, les gens n’étaient pas conscients des extinctions possibles. Maintenant nous le sommes et devons les arrêter. Les dugongs se reproduisent très lentement et ne sont pas proprement protégés. Les scientifiques estiment qu’il n’y aura plus de dugongs dans seulement 10 ans. Il n’a qu’un seul prédateur et ennemi : l’homme.         

Dans son journal de bord de 1707 durant son voyage aux îles Maurice, le navigateur et biologiste François Leguat narre ses rencontres quotidiennes avec des grands troupeaux de dugongs : "de la très bonne viande, comme du veau, et très bonne graisse. Ils n’étaient pas farouches et très faciles à pêcher : il suffisait de sauter dans l’eau peu profonde au milieu du troupeau de 300 têtes, d’en choisir un bien gras, pas trop lourd pour le porter, attacher une corde autour de sa queue, le sortir de l’eau et lui trancher la gorge. Il meurt rapidement sans bruit et sans se débattre". De nos jours il n’y plus un seul dugong aux îles Maurice.         

Une protection sévère pour cette race méconnue et adorable est sa seule chance de survie.
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