Interview Photo-Scope 29 avril 2008

TEXTE : CHRISTIAN FOURNIER © 2008


- Quel a été votre parcours sur le plan professionnel jusqu'à ce jour??
Ecole de photo de deux ans en Angleterre, assistanat de 6 mois en Californie, photographe freelance en Californie pendant 15 ans, photographe freelance à Paris pendant 15 ans.

- Quels sont les éléments qui vous attirent dans votre métier??
La prise de vue, l'indépendance, l'esprit entrepreneur.

- Vos domaines de compétences semblent être très nombreux (publicité, mode, reportage, architecture, plongée...).
Quels sont les domaines qui vous procurent le plus de satisfaction??
Tous, je n'ai aucune raison de cloisonner.
C'est un reflex bien français chez mes clients que de penser, par exemple, qu'on ne peut pas être grand photographe de mode si on fait de la photo sous-marine.

- Qu'aimeriez-vous faire comme photo que vous n'avez jamais encore fait??
Photographe de plateau sur un très grand film, mais c'est un milieu complètement fermé en France. Exemple?: j’avais été choisi pour mes compétences par un metteur en scène de renom, mais le producteur a insisté au dernier moment pour que l'on prenne sa femme?!

- Quelles qualités vous semblent indispensables pour réussir dans le métier de photographe??
La maîtrise de la composition, de l'éclairage, de l'informatique, plus des talents de commercial, de logisticien et de comptable.

- Avez-vous en tête une journée (une expérience) exceptionnelle?? Pouvez-vous nous la raconter??
J'ai fait la semaine dernière une séance photo pour un fabriquant de manteaux de fourrure. Le prix moyen d'un manteau est de 30?000 euros. Je pensais que pour vendre ces produits il fallait les plus belles images possibles. J'ai été contacté 3 jours avant la séance. Pas assez de temps pour les repérages et les longues explications habituelles. L'agence m'a dit qu'un photographe avait déjà fait le catalogue de l'année précédente dans les mêmes conditions. Mon devis a dû être revu à la baisse à 527,50 euros TTC pour décrocher le boulot. J'ai même dû inclure gratuitement l'assistante, le coursier et des tirages papier. Je n'ai eu le devis signé qu'une fois sur place, en insistant grossièrement. Mon assistante, super-efficace, avait déjà commencé à déballer mes 20?000 euros de matériel, préparé et vérifié avec grand soin la veille. Ai - je été trop faible pour quitter les lieux en courant ou trop fort pour relever le challenge?? L'endroit prévu par l'agence de communication était le showroom du client, pas assez de recul pour faire un fond blanc sans retour de lumière, pas assez de place sur les côtés pour mettre les boîtes à lumière et réflecteurs, pas assez de hauteur sous plafond, des miroirs géants tout autour, en plein dans le passage des étages inférieurs ou étaient les stocks, parking sauvage dans la rue... J'avais le dos collé à la porte d'entrée du magasin qui était toujours ouvert aux clients. Le modèle était la nièce du patron, jeune fille aimable mais qui ne savait pas qu'être mannequin était un métier, qu'il fallait avoir les mensurations requises, une belle peau et beaucoup de savoir faire. J'avais pourtant proposé des mannequins professionnels avec lesquels je travaille en direct, mais être la nièce du patron est un super piston. La maman du modèle était présente pour protéger sa fille de viols éventuels. D'autres gens aussi étaient présents, genre le fils du patron et sa petite amie, et encombraient l'espace déjà trop petit. Une de ces personnes a débranché mon ordinateur sans crier gare pour charger son téléphone portable et presque tous collaient leurs doigts sur mon écran. Le patron était un vieux caractériel avec lequel aucune discussion n'était possible. Il connaissait à fond ses fourrures et sans doute que dans sa tête cela suffisait à faire de belles photos. Il arrêtait les prises de vue de certaines fourrures quand il perdait patience. Il prenait lui-même des photos dans mon dos avec un compact. J'ai fait 800 photos Raw 14 bits en une demi-journée pour les 30 modèles de fourrure, au Nikon D3 branché en direct sur mon ordinateur et écran 23". La représentante de l'agence a sélectionné sur place 110 photos après que je lui ai expliqué le système d'étoiles sur Bridge. Elle s'est étonné que je ne puisse pas lui graver toutes les photos immédiatement. Elle n'avait dans l'agence que iPhoto. J'ai dû expliquer que le format Raw du Nikon D3 ne s'y ouvrirait pas et qu'il fallait que je développe les photos dans les règles de la photogravure (et oui, il y en a?!) pour qu'elles soient imprimables proprement (point noir, point blanc, contraste, saturation, etc....). Il m’a fallu beaucoup de savoir faire photographique, de doigté, de patience, d'abnégation pour faire quand même de belles photos. De cela je peux être fier. J'ai quand même réussi un éclairage qui mette en valeur la fourrure et ai dirigé le modèle en toute simplicité pour masquer ses imperfections. Quand on a un super studio, des mannequins pro, un DA compétant, des stylistes pro, une agence de comm expérimentée, il faut être vraiment nul pour ne pas y arriver.

- Quelques collègues photographes dont vous appréciez particulièrement leur travail??
Avedon, Newton, Dean Collins.

- Un petit coup de gueule ou un message à passer??
Il devrait y avoir en France une obligation à payer ses factures sous un mois, si prévu dans le bon de commande signé.
Un système fiscal pour pouvoir payer simplement les assistants, maquilleuses, etc..
Un recours simple en cas de non-payement.
Une déclaration d'impôts plus simple sans l'obligation d'avoir un BTS de compta pour y arriver.
Le matériel photo et les logiciels au même prix qu'aux USA, on peut rêver, non ?



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