COMMUNIQUE DE PRESSE : CHRISTIAN FOURNIER

INTERVIEW Novembre 2006

Titre : Chapeau ...



"J'ai été le premier à le photographier"

Christian Fournier a eu la chance de photographier le dugong lors d'un reportage dans le Vanuatu, entre Hawaii et l'Australie. Il nous fait partager les moments les plus intenses de cette rencontre exceptionnelle.

 
photo © Christian Fournier


Comment en êtes-vous arrivé à photographier le dugong ?
C.F : Un cameraman, Bertrand Loyer, a eu l'idée du projet. Après un contact avec les experts du monde sur les dugongs, les docteurs Paul Anderson de l'université de Calgary, Canada et Helen March de l'université James Cook en Australie, et Claire Guarrigue en Nouvelle Calédonie, scientifique à l' "ORSTOM" et responsable du programme "lagon" de Nouméa et grâce à des sponsors sympatiques, comme les compagnies aériennes Vanair et Aircalédonie International et la télévision française d'outre-mer RFO, l'expédition a pu avoir lieu.

"C’est une expérience extraordinaire de nager avec un grand mammifère, au milieu d’une belle lagune isolée."
C.F : Je suis ainsi parti au Vanuatu en janvier 1993. Le Vanuatu est situé à 5750 km au sud-ouest de Honululu, environ à mi-chemin entre Hawaii et l'Australie. Originairement les Nouvelles Hybrides, le Vanuatu devint indépendant de la France et l'Angleterre en 1980. Nous avons visité 3 îles : Epi, Espiritou Santo et Tanna. Nous avons négocié des permissions spéciales pour pouvoir amener nos bouteilles d'air comprimé par avion (ce qui cause des problèmes de sécurité, à cause de la sous-pression) dans ces petites îles ou les compresseurs sont bien sûr inconnus. Epi et Espiritou Santo furent des échecs pour nos recherches de dugongs : nous avons transporté avec grand mal notre matériel sur des plages isolées, nous avons nagé et exploré en canoë, en vain, pendant des heures, de jour comme de nuit. Nous avons campé dans des mangroves infestées de moustiques. Rien. Ils sont devenus bien craintifs et ont bien appris à se cacher de l'homme, nos souriants siréniens. Nous avons eu de la chance à Tanna, une des îles les plus au sud.
 
Est-ce un sujet de photo "facile" ?
C.F : Non, car c’est un animal de plus en plus rare, très craintif et qui vit principalement dans des eaux troubles. Le dugong a été rarement photographié ou filmé. Nous avons été les premiers à l'étudier ainsi dans son environnement naturel.

"Le dugong semble sourire, comme un personnage de dessin animé."
C.F : Qu’est-ce qui vous le plus fasciné chez cette "vache marine" ?
Il est paisible habituellement, mais cette semaine-là, il nous a beaucoup chargés. Il nous a bousculés violemment l’un après l’autre. Il est très lourd et très fort. Les chocs sont rudes et je n'ai guère aimé : il a aussi des incisives de 7 centimètres qui pourraient faire beaucoup de dégâts. Il nous a attrapés aussi entre ses nageoires pectorales. Ses coups de butoirs sont très pénibles et cela peut être très dangereux.
 
Avez-vous eu le loisir d’étudier son comportement ?
C.F : Oui, car il a fini par s'habituer à nous. C’est une expérience extraordinaire de nager avec un grand mammifère, au milieu d’une belle lagune isolée. Le dugong semble sourire, comme un personnage de dessin animé. C’est un grand fétus, qui vous charge dès que vous avez le dos tourné. Il aime aussi mordiller nos palmes et tubes et nous coincer la tête entre son corps et ses pectorales. Vers le troisième jour, il charge moins souvent et reste plus longtemps avec nous. Il joue avec nous au fond de l’eau, puis remonte brusquement à la surface pour respirer et revient à nous immédiatement. Nous ne l’avons jamais vu manger. Pourtant un herbivore de cette taille (environ 250kg) est supposé passer plus de la moitié de sa vie à brouter. L’herbe produit moins de calorie que la viande. Est-ce que ce dugong dérangeait son régime pour nous suivre ? Mange-t-il la nuit ? Nous avons vu les traces qu’il laisse dans les herbiers : des tranchées parallèles dans les herbes de phanérogames (Zostera marina et Zostera Nana), qu’il mange entre deux apnées. Pour respirer, ses deux narines s’ouvrent et se ferment comme des clapets. Quand la mer est houleuse, cet intelligent mammifère refait surface à la verticale, entre deux vagues, pour ne pas respirer d’eau. Quand l’eau est calme, il respire en restant parallèle à la surface. Personne ne sait pourquoi.
 
Le dugong est un animal plutôt rare. Comment avez-vous fait pour le repérer ?
C.F : Nous avons entendu les rapports de pilotes d'avion et des pêcheurs qui ont vu des dugongs entre les quelque 80 îles de l’archipel du Vanuatu. A la troisième île, nous avons eu de la chance.
 
Etes-vous spécialisé dans la photo sous-marine ?
C.F : Je fais de la photo sous-marine depuis août 1980. J'ai fait des photos sous-marines dans la plupart des pays du monde ! Mais cela ne suffit pas pour vivre. Je suis aussi photographe de mode, de pub et de reportage. J'attends d'ailleurs une offre de reportage sous-marin, mes appareils et mon passeport sont prêts !
 
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