LA GROTTE DE L’ILE DES PINS

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TEXTE ET PHOTOS : CHRISTIAN FOURNIER


La Nouvelle Calédonie est située à 1750 km à l’est de l’Australie dans l’Océan Pacifique. C’est un territoire français d’Outre Mer. L’île des Pins, qui est l’île Mélanésienne la plus au sud, est située à 70km au sud-est de l’île principale de Nouvelle Calédonie, la Grande Terre.
Le commandant Cook, quand il découvrit l’île pour la première fois, en 1774, pensait que les pins coloniaux, dont l’île tient son nom, étaient des stalagmites. L’île fait 17 km de long sur 14 km de large et s’élève à 256m au dessus du niveau de la mer. En fait, c’est un atoll surélevé, et sans rivière. Sa géologie est unique : des cavernes de calcite furent inondées, en dessous et au dessus du niveau de la mer.
Il y a environ 1400 habitants. Ce sont exclusivement des Mélanésiens.
En raison de son éloignement, l’île des pins est restée pratiquement telle que Cook l’a découverte : immaculée, avec de grandes plages de sable blanc et des forêts intactes.
Près de la Baie de Ouameo, au milieu d’une végétation tropicale luxuriante, il y a une caverne connue sous le nom de "la grotte du troisième". Le nom vient de la troisième communauté de forçats qui l’ont utilisée, au début du siècle. Une partie de cette grotte est inondée d’eau douce, stalactites, stalagmites et colonnes comprises. Un centre de plongée, le Nauticlub, près du gîte de Kodjeue, peut vous aider à visiter ses grottes.
Une balade en camion, une marche à travers la jungle, avec tout l’équipement de plongée, une descente glissante entre les stalactites et stalagmites des différentes salles non immergées et vous arrivez à la nappe souterraine. Le spectacle est grandiose : formations rocheuses immenses et l’eau limpide et noire à vos pieds.
Après une dernière vérification à l’équipement de plongée, une double vérification à l’équipement photo, une triple vérification aux lampes électriques et nous partons. Il fait froid et noir et lugubre. L’eau est très transparente, mais attention aux coups de palmes qui font remonter le sable et créent des nuages qui mettent des jours à retomber. Philippe Scheidt connaît ces grottes et nous guide. Je me sens privilégié de pouvoir admirer ces sites extraordinaires.
Nous ne voyons aucun poisson ni même aucune autre vie marine, sauf, au fond d’un couloir très étroit, une petite écrevisse, qui se cache dès que nous approchons. Il y a beaucoup de tunnels et de petites salles à explorer. Je suis content que Philippe connaisse bien les lieux. Se perdre dans ce dédale doit être horrible. Il y a cependant quelques poches d’air au plafond de certaines salles, et même quelques caves s’ouvrent à l’air libre. Nous y faisons surface, pour découvrir des stalactites juste au dessus de nos têtes comme des épées. Quelques stalactites arrivent à fleur d’eau. Ces épées nous rappellent de contrôler à tout moment et parfaitement notre stabilité verticale sous l’eau : ne pas remonter vers ces harpons, ne pas toucher le fond pour faire remonter le sable et nous aveugler. Vive le gonflage automatique sur nos gilets stabilisateurs.
Un stalagmite ressemble à un chat, avec ses oreilles tendues. Dans une autre partie, il y a des chandeliers suspendus. Plus loin il y a une autre sortie (ou entrée, c’est selon !) qui mène à une petite plage caillouteuse souterraine. La seule plage de Nouvelle Calédonie où les coups de soleil ne sont pas à craindre !
Il y a des couches de différentes températures dans ces eaux. Il fait souvent assez froid, puis soudain il y a des couches chaudes. Tout à coup, le paysage devient trouble. Le froid, l’obscurité ou l’étrangeté de l’endroit ont-ils eu raison de mon esprit ? Évidement non. Je suis à l’aise. Je me souviens d’avoir vu le même phénomène à Xel-Ha, une lagune au Mexique, où de l’eau douce d’une source sous marine se mélange à l’eau salée, et tout devient flou. Il y a sans doute une "fuite " d’eau salée. Où est-ce d’autres produits chimiques dissous ici. La calcite ? J’ai posé la question à un géologue de Nouméa : il est formel : cette calcite ne se dissous pas dans l’eau, sinon, ces grottes auraient disparues il y a longtemps. J’ai pris des photos des endroits flous. Elles sont sorties…. floues ! Oui, j’avais fais la mise au point !
Les caves ne sont jamais profondes. Notre plongée maximum, d’après nos profondimètres est de 12 mètres. Cela nous donne une très longue durée de notre air (une heure), malgrès nos bouteilles très petites (10 litres, pour une meilleure manœuvrabilité).
Enfin nous arrivons dans la grande pièce, "la Cathédrale", 50 mètres de long et de haut. Quel spectacle. Un mur ressemble à un orgue gigantesque. J’ai bien calculé : il me reste de la pellicule. J’utilise à fond la petite lampe pilote de mon flash qui me permets de le diriger précisément sur le sujet. En plongée de nuit ordinaire, l’utilisation du flash est plus facile, car seul le sujet principal doit être éclairé, le fond étant toujours le noir de l’eau vide. Donc un flash de petite angle de couverture convient, avec un objectif de prise de vue très grand angle, ce qui évite l’illuminer les particules en suspension autour du sujet. En spéléo, le fond doit être aussi éclairé, car il est grandiose. Donc il faut que le flash couvre tout le champ de l’objectif de prise de vue, mais gare aux particules en suspension qui, elles aussi, deviendrons lumineuses. Heureusement l’eau est très limpide, tant qu’on ne touche pas le fond sableux et vaseux de ses palmes. Le flash porte donc très loin et je peux éclairer toutes les grandes orgues, à 50 mètres de distance, avec mes camarades qui semblent flotter en plein vide, comme dans une sortie spatiale.
Quand nous n’avons presque plus d’air, nous retournons, retraversant les tunnels devenus plutôt opaques à cause du sable remué à l’aller. Retour sans encombre grâce à la connaissance parfaite des lieux, de notre guide Philippe. Retour à la lumière, la plage souterraine, les caves sèches, le trou dans la jungle, le sentier jusqu’au camion. Quelle balade.



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