INCENDIE A BORD DU PAQUEBOT "OCEAN PEARL"

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TEXTE ET PHOTOS : CHRISTIAN FOURNIER

Cet article (texte et photos) a été immédiatement acheté par Sipa Press, Paris, après faxage des photos et du texte depuis Jakarta. Les photos originales ont été envoyées par DHL deux heures plus tard. L'affaire était conclue. Sipa a retourné les photos 5 jours plus tard avec la mention : invendable. Ceci est absolument impensable en presse car l'article est alors trop vieux et inutilisable. Aucune autre explication, ni compensation. Deux ans plus tard, j'ai appris par un membre du gouvernement que mon article était arrivé sur le bureau du premier ministre et avait reçu un veto, car la compagnie maritime a été suffisamment.......... persuasive............. Voila pour la liberté de presse en France.


Mardi 12 février 1992, 15h30 : le luxueux paquebot français "Ocean Pearl" (Croisières Paquet) fait route vers Jakarta (Indonésie). C’est une belle journée et la mer est calme. Pour les 370 passagers à bord, ce sont les débuts de belles vacances de rêve : une croisière de 13 jours de Singapour à Bangkok en passant par Bali la mystérieuse. Il règne un air de fête car, ce soir, aura lieu le cocktail de bienvenue.
Soudain, le commandant en second Jeremy Kingston fait une annonce par le système de haut parleurs du bateau ; le son de sa voix essoufflée et angoissée restera gravé à jamais dans l’esprit de beaucoup.
"Cette annonce ne concerne que l’équipage. Alerte à l’équipage, alerte à l’équipage. Equipe A à la salle des machines, équipe A à la salle des machines."
L’alarme est alors sonnée. Une fumée noire et épaisse a déjà envahi les escaliers et les couloirs des ponts inférieurs. Les membres d’équipage sont à leur point de rassemblement en moins de cinq minutes ; Personne ne plaisante, il y a déjà eu une alerte lors de la croisière précédente. Peu de temps après, les passagers, la plupart munis de leur gilet de sauvetage, sont évacués sur les ponts extérieurs. A l’intérieur du bateau, la fumée s’épaissit. Mises à part les petites lampes de secours, il n’y a plus de lumière. Dans ce labyrinthe sombre et enfumé, les retardataires sont dirigés vers l’air libre. Une fois que les passagers sont sains et saufs sur les ponts et comptés, l’équipage est autorisé à se rendre près des canots de sauvetage. Il n’y a pas de panique, mais des visages inquiets fixent la fumée noire qui s’échappe du milieu du bateau.
Des gilets de sauvetage sont distribués à ceux qui n’ont pas eu le temps de se rendre à leur cabine. Les canots sont descendus à hauteur du pont, prêts pour l’évacuation. Chacun attend anxieusement. Une dame porte encore des bigoudis, une des coiffeuses tient un peigne à la main.
Plus bas, les mécaniciens et les pompiers luttent dans le noir contre le feu, la chaleur et la fumée. Tous savent que le feu est le plus grand danger pour un navire en mer : surtout s’il se déclare en dessous de la ligne de flottaison, ou se propage par les conduits d’aération ou s’il atteint les soutes de combustible.
Les commissaires de bord ont emporté tous les passeports et documents précieux dans des sacs poubelle, la responsable du casino transporte sur elle les fonds du casino et semble être enceinte.
Deux bateaux (de petits cargos) se détournent de leur route et convergent vers l’Ocean Pearl : les signaux de détresse ont bien été reçus. L’époque du Titanic est révolue !
La fumée qui s’échappe du pont supérieur est impressionnante. Les canots de sauvetage sont prêts. Chacun craint que la prochaine annonce sera le signal : "abandonnez le navire". Mais, l’annonce suivante vient du Commandant Pierre Delery : marchant le long du pont supérieur, mégaphone en main, il explique que le système de haut-parleurs ne fonctionne plus. Il annonce que le feu est sous contrôle mais que chacun doit rester calmement à l’extérieur.
Des mécaniciens et des pompiers couverts de suie font leur apparition sur les ponts munis de lances d’incendie et commencent à déverser de l’eau autour et dans la cheminée afin de faire baisser la température qui règne dans la salle des machines. Les deux cargos s’éloignent et reprennent leur route après leur vigile silencieuse et rassurante.
Des annonces se succèdent : le feu est éteint mais personne n’est autorisé à rentrer à l’intérieur. La fumée prendra du temps à se dissiper car il n’y a plus de ventilation dans le bateau.
Chacun se détend maintenant. Des verres d’eau et des serviettes rafraîchissantes sont distribués. Plusieurs membres d’équipage reprennent leur travail : il faut prendre des décisions sur la suite des événements, préparer le dîner, nettoyer et surtout rétablir l’électricité, l’eau et la climatisation.
Il n’y a pas de victime (un homme s’est évanoui : angoisse et/ou chaleur). Pas de dégât dans le bateau : le feu a été confiné à la salle des machines où il a commencé. Vers 19h00, les passagers peuvent retourner à l’intérieur du bateau. La fumée s’est dissipée, seule reste l’odeur de brûlé. L’électricité est rétablie mais il n’y a toujours pas d’eau et de circulation d’air.
Un buffet froid est servi au restaurant Orchidée et l’orchestre joue dans le salon Marco Polo. Une nuit chaude attend les passagers : l’air conditionné ne sera pas opérationnel avant le lendemain soir. La plupart dormiront à la belle étoile sur les ponts.
Le bateau de croisière ne peut plus se déplacer de lui-même car ses moteurs sont fondus. I'Ocean Pearl" dérive donc toute la nuit au grès des flots. C'est très dangereux, mais les signaux de détresse ont bien été reçus, l'époque du Titanic étant révolue, et le lendemain, un autre bateau de croisière, le "Sea Princess", s'est détourné pour accueillir les passagers.
Le transfert se fera avec les chaloupes des deux navires.


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